LA FORÊT BOREALE FINLANDAISE - PROBLEMESECONOMIQUES ET SOCIAUX
Une des vraies problématiques de la forêtfinlandaise, c’est comment concilier une exploitation forestière de haut niveauabsolument vitale pour l’économie du pays et les mesures les plus strictes envigueur en matière d’environnement tout en tenant compte de la protection de laculture ancestrale des autochtones.
Il existe à l’heure actuelle en Laponiefinlandaise des éleveurs de rennes appartenant à l’ethnie sâme qui bien que nepratiquant plus le nomadisme comme cela se faisait encore il y a quelques décénnies,ont gardé les traditions d’élevage de leurs ancêtres en ce qui concerne la forme extensive etpastorale de conduire les troupeaux de rennes. Il faut rappeler que la plupartdes Sâmes n’ont pas de titre de propriétésur les terres qu’ils occupent, juste undroit ancestral de pâturage qui est de plus en plus contesté selon les nécéssitésdites d’intérêt public. Ces éleveurs sont les derniers en Europe à conduiredes élevages, d’une façon raisonnée, quidemandent à aucun moment de l’année des apports extérieurs d’alimentation pourpallier aux difficultés climatiques, seul le savoir faire et la connaissancedes lieux de la part des éleveurs et la rusticité des rennes sont nécessairespour l’exploitation rationnelle de leurstroupeaux qui vivent dans la nature du renouvellement durable de la végétationnaturelle. La forêt sert à nourrir les rennes en période hivernale grâce auxlichens terrestres et aux lichensarboricoles. Durant les moments les plus froids de l’hiver, la densité forestièreconstitue un abri appréciable contre les vents glacials. Ici dans cette régionseptentrionale de la Laponie finlandaise, on trouve aussi des cites sacrés quiappartiennent à l’ancienne religion animiste sâme et qui sont des lieuxculturels à protéger.
Depuis plus de 10 ans et encore maintenant, lesSâmes et les écologistes reprochent à l’Etat Finlandais d’avoir programmé descoupes à blanc dans les forêts anciennes protégées et plus particulièrement en haute Laponiedans la région d’Inari. Les intéressés pensent que ces coupes ne sont pasacceptables d’un point de vue écologique sans avoir présumé du changement climatique qui va en découler.Le repeuplement forestier est très lent en Laponie, certains épicéas mettentplus de 160 ans avant d’atteindre l’âge mature. L’exécutant de ces coupes est « Metsähallitus »qui administre plus de 12 millions d’hectares de forêts et d’eaux en Finlande.On peut le comparer à l’O.N.F en France. C’est une entreprise d’état, saprincipale tâche est de fournir le bois nécessaire au bon fonctionnement de l’industrieforestière finlandaise. Pour la région d’Inari 70% des bois abattus sont destinésa la confection de pâte à papier et sont acheminés par camions vers des usinesde transformation comme celle de Kemijärvi qui est la plus proche d’Inari. Metsähallitusaffirme ne pas nuire au bon fonctionnement de l’élevage des rennes ou dutourisme par ses travaux forestiers en Laponie. L’exploitation forestière esttrès profitable financièrement dans ces régions et Metsähallitus ne reçoitaucune aide financière extérieure. Il est totalement indépendant pour assumerles salaires et les charges de son personnel, la régénération des forêts, l’entretiendes jeunes plantations, la création et l’entretien des voies forestières pour l’acheminementdes bois et du matériel d’exploitation. La plupart des profits rentrent commerevenu dans le budget de l’Etat Finlandais. Metsähallitus travaille aussi pourla conservation et la protection des traditions cultutelles selon uneresponsabilité citoyenne et les droits de la loi constitutionnelle finlandaise.L’exploitation des ressources naturelles de la forêt de Laponie est effectuéeen accord avec les coopératives d’éleveurs de rennes et tous les autres usagersdes forêts . Le but est de concilier les besoins des différents utilisateursavec les objectifs d’une production économiquement rentable. La loi finlandaiseoblige Metsähallitus à veiller à la protection de la culture ancestrale desautochtones dans les régions forestières où les Sâmes sont présents.
Il y a déjà environ quatorze ans les Sâmes seplaignaient officiellement d’abus de la part de Metsähallitus qui n’avait pasrespecté les engagements qu’il avait pris sur la protection de certaines forêtsà Sallivaara et Nellim, des hauts lieux d’élevage traditionnel, qui se trouventtous les deux dans la région d’Inari. Des procès furent engagés, des plaintesportées auprès du Comité des Droits de l’Hommedes Nations Unies. En décembre 2004, ce comité a fait remarquer à l’EtatFinlandais qu’il n’avait pas reçu de réponse claire sur les droits des Sâmes entant que peuple autochtone à la question relative au domaine foncier ainsi qu’auxdifférentes formes d’utilisation publique et privée des terres affectant lesmoyens de subsistance traditionnel des Sâmes en particulier celles destinées à l’élevage. Le même comitéprie l’Etat Finlandais de s’abstenir de toutes mesures qui pourraient être préjudiciables à la question de cesdroits fonciers. Le 14 novembre 2005, le Comité des Droits de l’homme demande àl’Etat Finlandais d’arrêter les coupes de bois à Nellim en attendant d’obtenir des informations complémentaires. LeConseil Sâme publie la nouvelle commeune future victoire pour tous les Sâmes et les Finlandais non Sâme qui enFinlande, contrairement aux pays scandinaves, sont autorisés aussi à pratiquerl’élevage des rennes. En mai 2007 on apprend que Metsähallitus a recommencerles coupes de bois à grande échelle dans les régions d’élevage de la Laponie.
Le Ministère de l’Agriculture et de la Forêt acommuniqué que la Finlande a joué un rôle de pionnier dans le développementdurable de sa forêt, qu’elle a fait de gros investissements pour son développement.En Laponie un hectare sur deux, c’est à dire 500.000 hectares, sont protégés et la majorité des parlementairespensent que la forêt a déjà fait l’objet de bien trop de protection.Monsieur Juha Korkeoja en tant queministre est très préoccupé par le fait que les revendications des Sâmes et desécologistes aient dépassé les frontières, que certains pays ainsi queGreenpeace s’en servent pour faire pression sur les clients qui sont acheteursdes produits issus de la forêt finlandaise. Même si un pays n’a pas tout à faitratifié la Convention n° 169 de l’OrganisationInternationale du Travail, celle-ci peut-être utilisée par le texte de sonarticle 27, comme un outil efficace de pression pour le bien des autochtones.
Les Sâmes depuis bien longtemps sont en voie dedéculturation progressive par le biais d’une assimilation officielle . Aprèsavoir connu l’insouciance du lendemain, ils connaissent l’incertitude au quotidien. Leur destin s’achèverait-ilparce que la civilisation moderne nepeut pas laisser subsister une culture aux orientations différentes dessiennes? Ils se méfient d’une altération de l’équilibre fragile qui existeentre eux et le milieu naturel qu’ils occupent. Ils craignent que l’antiqueordre des choses soit bouleversé. Ils souffrent d’une insuffisance deconcertations et les promesses qui prônent la bonne conscience, comme le fait d’annoncerla protection de la culture sâme ne suffisent pas. Ils demandent à être écoutéspour que l’Etat Finlandais les associe à une collaboration et une coopérationqui devraient déboucher sur de nouvelles propositions qui viendraient s’articuleravec la protection de l’environnement ainsi qu’à un développement durable entenant compte de leur point de vue. Dans ces terres sous-peuplées, ils représententune population solide et bien vivante,enracinée à ces régions difficiles. Les éleveurs de rennes en Laponiefinlandaise sont 5344 individus allant de moins de 25 ans jusqu’à plus de 65ans. Le cheptel vif est de 200 000 rennes environ actuellement répartis en 56coopératives et associations d‘éleveurs, il était encore 239 000 en 1990. C’estchiffres ne sont pas négligeables, même si l’industrie forestière en Laponiefinlandaise représente un potentiel de 4 000 emplois et est susceptible de réduirele taux de chômage qui était de l‘ordre de 16 à 20% en 2005 selon lesmunicipalités de la Laponie finlandaise les plus au Nord.
AlainDardy,Sorèze le 12 septembre 2007
Référence: http://www.inra.fr/dpenv/gunslc37.htm Les Sâmes et leur Environnement :Conception et Enjeux par Nicolas Gunslay dans le courrier de l’environnement de l’INRA n° 37 d’août 1999.